On sait Pierre Mauroy homme de défis. Celui qu’il s’est gardé en dessert pour son dernier conseil en tant que président de Lille Métropole Communauté urbaine, ce soir, ressemble pourtant plus à un plat de résistance. Dans tous les sens du terme : on sait que le dossier du Grand Stade a ses opposants virulents et que, par son poids financier, il engagera la métropole lilloise pour au moins les trente prochaines années. Le débat de ce soir pourrait donc s’avérer crucial et, a priori, le match n’est pas joué d’avance.
Grand Stade… ou pas ?
Fin 2006, la question semblait tranchée. Après l’abandon de Grimonprez-Jooris II, LMCU avait voté le principe de la construction, sur le site de la Borne de l’Espoir à Villeneuve-d’Ascq, d’un nouveau stade multifonctionnel d’au moins 50.000 places avec toit rétractable. Il devait permettre au LOSC d’arrêter de chercher asile au Stade de France ou à Bollaert dès que le niveau de compétition s’élève, mais aussi, faisant d’une pierre deux coups, accueillir de grands spectacles. Les « développement et rayonnement » de la métropole lilloise (c’est sous ce chapitre qu’est traité le dossier) à l’échelle européenne étaient à ce prix. Un outil innovant avait été trouvé pour le financer : le PPP (partenariat public privé) prévoyait qu’un groupement privé construise et gère l’équipement, contre une redevance de LMCU de 10 à 12 millions d’euros pendant 28 ans.
Et puis, à la fin de l’année 2007, alors que le « dialogue compétitif » entre les trois groupements
candidats (menés par Norpac-Bouygues, Eiffage et Vinci) arrivait à son terme dans le plus grand secret, des « fuites » commençaient à lézarder le bel édifice. Elles affirmaient que le budget nécessaire serait au moins deux fois plus élevé que prévu. Impossible à faire passer politiquement. Échec annoncé.
Nouveau virage une fois les dossiers déposés, fin décembre. Finalement, si chacun y met du sien, l’objectif redeviendrait accessible. Pour entrer dans l’enveloppe définie, la Région augmenterait sa subvention (45 millions d’euros au lieu de 30), le LOSC sa contribution (environ 7,5 M€ par an contre seulement 1 M€ assuré à l’origine), LMCU allongerait à 31 ans la période de remboursement. Et les conseillers pourraient offrir, ce soir, un beau cadeau d’adieu à Pierre Mauroy, sans que la légitimité de leur vote en fin de mandat ne soit contestable.
Le moins cher ou le plus ambitieux ?
Il y a une semaine à peine, tout semblait donc de nouveau calé. Vu les efforts consentis par chacun,
le projet le moins cher répondait au critère du prix, annoncé comme prépondérant. La Voix du Nord vous révélait que c’était le dossier Norpac qui tenait la pole position (toutes contributions extérieures
déduites, la charge annuelle pour LMCU serait de 10,7 M€).
Mais, nouveau rebondissement, voilà que Marc-Philippe Daubresse, premier vice-président UMP candidat à la succession de Pierre Mauroy, raconte qu’au cours d’une réunion des présidents de groupes politiques, le 21 janvier, les lignes de hors-jeu ont bougé. Henri Ségard qui, au nom des « non-alignés » de Métropole Passions Communes, semblait devoir être le plus prompt à brandir le drapeau du dépassement financier, se serait montré séduit par le projet d’Eiffage, plus cher certes (14,2 M€/an pour LMCU) mais plus ambitieux dans sa dimension multifonctionnelle (une partie de pelouse rétractable permettrait de dégager un espace plus propice aux spectacles).
Henri Ségard aurait donc demandé, comme d’autres, que ce soir ne soit pas proposé à l’approbation
uniquement le projet « mieux disant » financièrement, mais un vrai choix pour un équipement qui balisera pour des dizaines d’années le paysage de la métropole, architecturalement comme financièrement (même si le contrat définitif ne sera signé une nouvelle phase de négociations
exclusives). Les discussions se poursuivent aujourd’hui. On ne peut donc parier à coup sûr sur le résultat de ce soir. La glorieuse incertitude du sport…
Débats à partir de 17h, au 1 rue du Ballon, à Lille. Ouvert au public.
© Pierre Mauchamp - La Voix du Nord - 01/02/08
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